24 heures à l’hôpital

19 août 2016

Afin d’effectuer une biopsie de la tumeur pour déterminer le génome et vérifier les dérives, j’ai été hospitalisé pendant 24 heures à l’ICM de Montpellier. L’ICM est le pôle d’excellence sur la région en matière de lutte contre le cancer mais comme beaucoup de centre hospitalier est en dessous de tout pour la qualité d’hospitalisation.

Après avoir rempli les obligations administratives pour l’admission, j’ai été conduit dans une chambre pour me préparer à l’intervention qui devait avoir lieu quelques heures plus tard. Mon médecin avait simplement oublié de me préciser que je devais être à jeun et que je devais venir avec des analyses de sang pour vérifier la coagulation. Pour l’état du ventre nous étions en fin de matinée donc ça ne posait pas de problème, pour la coagulation, une prise de sang s’imposait. Comme il fallait installer un cathéter, ce n’était qu’une question de temps.

Nous autres, malades ayant reçu de bonnes doses de chimio, avons un capital veineux un peu précaire. Je rappelle que nous sommes dans un centre anti cancer et que le personnel est censé être formé à ce type de problème. Hé ben non !

Au bout de trois essais infructueux dans le bras gauche, la première infirmière a abandonné et demandé à une deuxième très sûr d’elle de s’occuper de moi. Ce fut le dernier essai et le bon qui m’a laissé comme impression d’avoir été charcuté avec un poignard, avant qu’elle trouve la veine. La technique a consisté à laisser l’aiguille dans le bras tout en cherchant avec des mouvements où la veine se trouvait.

Un petit tour dans les couloirs, un ascenseur, et encore des couloirs et un autre ascenseur avec le brancardier avant de finir garé dans un couloir et me voilà aux portes de la salle d’intervention.

La biopsie consiste à effectuer un prélèvement de la tumeur dans un ganglion particulièrement atteint qui se trouve derrière l’estomac. L’intervenant va passer avec une aiguille par le dos à quelques centimètres sur la gauche de la colonne vertébrale en traversant les muscles du dos et ce qu’il va rencontrer pour atteindre ce fameux ganglion. Le tout avec une petite anesthésie locale et sous scanner pour contrôler le chemin de cette aiguille. L’opération a duré une demi-heure et c’est bien passé pour le radiologue qui est intervenu. Pour ma part, j’ai de meilleurs souvenirs de moments allongé sur le ventre.

Retour dans la chambre escorté par un brancardier, métier particulièrement difficile avec des intervenants très sympathiques qui ont toute leur place dans la qualité des soins et dans l’accompagnement des malades. Dans leur cas ce n’est pas une image.

Je dois rester allongé sur le dos et ne pas bouger du tout pendant au moins 4 heures pour éviter une hémorragie des tissus traversés. Je dois également faire un petit pipi au minimum pour montrer que je ne suis pas bloqué à ce niveau suite à l’anesthésie. Pisser au lit dans un pistolet, allongé sur le dos est également une expérience originale.

Le temps s’est écoulé et comme tout va bien je peux avoir un repas complet. Ce soir c’est version sciure et pédiatrie (poissons panés de formes diverses et tomates panées, dites à la provençale). Pour le poisson je ne donnerai aucun commentaire, pour les tomates, quand je confectionne cette recette à la maison, je ne dois pas avoir le même fournisseur pour ces fruits, quant à la recette, c’est visiblement une variante très édulcorée.
Le repas terminé, je peux me lever en restant prudent. Un peu de lecture pour vérifier que les neurones sont intacts et ensuite je mets le programme sur le sommeil pour me reposer de cette après-midi de promenade dans les couloirs. 

J’avais simplement oublié que je me trouvai dans un hôpital en tant que patient qui était sous surveillance suite à une intervention. Je m’endors relativement vite et suis réveillé par une infirmière qui me demande :
« vous avez mal ? »
« non, je dormais… »
Tension, température, examen du pansement. Elle constate que la perfusion ne fonctionne plus et que de toute façon je n’en ai plus besoin. Ravi d’apprendre cette nouvelle je lui demande de me la retirer parce que la charcutière qui me l’a installé m’a fait très mal et que si douleur il y a c’est là et pas dans le dos qu’elle se trouve. Le refus est très rapide, le médecin n’étant pas passé, elle n’a pas de consigne à ce sujet.
J’ai été obligé de négocier avec ses collègues à plusieurs reprises dans la nuit (parce que la blague, vous avez mal ? non je dormais. Se passe toutes les deux heures) pour enfin vers 4:00 du matin avoir gain de cause et pouvoir contempler mon bras droit perclus d’hématomes.

Après le petit déjeuné sans gout et sans saveur, j’ai le droit de négocier ma sortie et vers 10:30 je suis dehors.

Essai clinique Startrk-2

13 août 2016

Je ne sais pas si Spock et James Tiberus seront présents avec moi sur le vaisseau Enterprise pour cette nouvelle saga mais pour ma part, je suis content de vous annoncer que mon Oncologue me propose une inclusion dans un essai clinique très prometteur qui sur ses premiers tests a obtenu 79% de réponses objectives.

Mercredi prochain je suis hospitalisé pour une biopsie de la tumeur afin de lancer des analyses ADN qui permettront de vérifier la compatibilité de ma tumeur avec l’essai clinique concernant l’Entrectinib. Mes échantillons vont partir pour San Diego et être analysés par Ignyta, laboratoire de recherche médicale. Si le test moléculaire convient, je serai un des 400 patients sur cette planète à bénéficier de cet essai clinique.

Le cancer de la prostate est une maladie hétérogène, mais les traitements actuels ne se basent pas sur une stratification moléculaire. Les chimios et autres traitements « globaux » ne peuvent agir sur tous avec le même résultat. Les différents traitements que j’ai suivi pendant 4 ans m’ont permis de gagner du temps mais n’ont pas corrigé l’origine du problème.
Dans une cellule normale, lorsque l’ADN est endommagé, soit la cellule répare les dommages, soit elle meurt. Dans les cellules cancéreuses, l’ADN endommagé n’est pas réparé et la cellule ne meurt pas comme elle le devrait, elle continu à produire de nouvelles cellules dont le corps n’a pas besoin. Ces cellules possédant un ADN anormal vont entrainer la croissance de la tumeur et la prolifération des métastases.

Les chercheurs ont émis l‘hypothèse que les cancers de la prostate métastatiques résistants à la castration et comportant des défauts de réparation de l‘ADN pourraient répondre à un traitement ciblé en réarrangeant les gènes déviants. Bien entendu cette molécule n’agit que sur certains gènes d’où l’analyse précis de la tumeur pour valider la participation du patient. Autrement dit, ma contribution à cet essai clinique ne sera entérinée qu’après les résultats de l’analyse.

Comme toute l’équipe soignante qui me suit je mets beaucoup d’espoir dans cet essai clinique. Toutefois, le fait de ne pas correspondre pleinement aux attentes du laboratoire de San-Diego ne ferme pas complètement les portes et le fait d’avoir cette analyse moléculaire de mon ADN, qui sera conservée 15 ans, ne peut qu’ouvrir d’autres propositions d’essais cliniques.

La pause dans la rédaction de ce blog prend fin aujourd’hui et je vous promets une information la plus régulière et documentée possible.

Je me consume de l’intérieur

31 juillet 2016

Deux mois que je n’ai plus de traitements et que les effets secondaires continuent de me ronger. Je me consume de l’intérieur, l’impression d’avoir le ventre plein d’acide. Les aigreurs sont permanentes mais s’intensifient dès que je consomme ne serait-ce qu’un verre d’eau. Chaque matin, je me vide comme un touriste qui revient d’un pays exotique et qui aurait bu de l’eau là où il en trouvait. La fatigue s’intensifie et il m’est très difficile de ne pas lâcher prise pour profiter d’une sieste qu’elle que soit l’heure.

Je n’ai plus de douleurs causées par le cancer. Je ne prends plus de morphine. J’ai simplement cette vague d’acide qui me pourrit la vie et me ruine mes nuits.

Je ne sais pas si cette âcre sensation est consécutive aux effets secondaires des chimios mal supportées ou si je me la fabrique moi-même avec la dose de stress qui m’accompagne. L’été est la période de la trêve pour tous et la guerre des tranchées pour moi. Je ne peux pas profiter du beau temps, il fait trop chaud pour que je supporte le contact avec les rayons du soleil. Je ne peux pas partir vers une région plus clémente puisque je dois rester disponible pour une éventuelle réponse du corps médical. Je n’arrive pas à relancer les contacts avec les toubibs et l’essai clinique tant attendu tarde à venir. Je suis en fin de droit d’indemnité journalière avec le RSI,  je vais passer en invalidité avec une misère comme indemnité, mes revenus vont surement se diviser par deux d’ici 1 mois. Cerise sur le gâteau, je viens d’avoir un contrôle inopiné à domicile de la CAF qui chasse les fraudeurs aux allocations. Ils ont décelé une erreur dans leurs services et je vais peut-être en payer les conséquences.

Ça pourrait être pire, je pourrais être malade…

La patience du patient, une vue de l’esprit

21 juillet 2016

Il y a 4 ans jour pour jour, le samedi 21 juin 2012, je revenais de vacances à Belle Ile en Mer pour entamer une série de cures de chimiothérapie sous Taxotère, afin d’enrayer la progression de mon cancer de la prostate décelé à un stade très alarmant à 54 ans. Le moral n’était pas au beau fixe et c’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire ce blog et d’essayer d’écrire ce que je vivais, comme un compte à rebours.

Avec plus de 150 000 visites sur cette période, mes mots ne seront jamais assez fort pour vous remercier de l’intérêt que vous avez porté aux informations sur ce cancer, à mes récits, mes colères…

Depuis 1 mois je n’ai pas rédigé la moindre ligne sur le blog. Je suis dans une période d’attente et n’ai pas grand-chose à exprimer si ce n’est mon impatience sur des réponses que je devrais avoir depuis bien des jours et qui malheureusement ne viennent pas. La boite aux lettres est vide les mails absents et le téléphone ne sonne pas.

Moi, je patiente, mais mon cancer, celui qui vit en moi, qui se nourrit de mes cellules, qui me ronge et qui n’a plus de traitement pour juguler sa progression. Ce cancer qui est sourd et qui n’a pas entendu les médecins qui lui demandent de patienter (moi non plus d’ailleurs je ne les ai pas entendus). Ce cancer qui jusqu’à maintenant a su refuser tout traitement et a été plus fort que mes toubibs, lui, il ne patiente pas.

Le gros problème dans le fait de patienter, c’est qu’au bout d’un moment il faut bien se raccrocher à quelque chose. Quand c’est l’incertitude qui prend place à cause d’une certaine désinvolture dans les mots utilisés ou d’un mensonge pour gagner du temps, la patience se transforme vite en colère.

Petit retour sur la chronologie des faits.

Le 6 juin, ma cure de chimio est repoussée à cause de mon état de fatigue trop important et des risques sur les effets secondaires. Le 13 du même mois, elle est définitivement annulée. La chimio m’a donné plus d’effets secondaires que de bénéfices.
Le 23 juin après des examens sanguins puis scintigraphie osseuse et scanner, je rencontre l’oncologue à l’ICM de Montpellier qui à la vue de la progression des métastases osseuses et de mon état général m’informe qu’il n’a plus de traitement conventionnel à me proposer. Il faut essayer de m’inclure dans un essai clinique. Je signe mon accord pour une inscription sur la base de données de Canceropole grand sud-ouest. D’après l’oncologue, les propositions peuvent venir sous 48 heures plus une dizaine de jours pour organiser le traitement. S’il n’y a pas de retour rapide, c’est lui qui me contactera pour reprendre un traitement historique en attendant. 1 mois plus tard, aujourd’hui, je n’ai pas eu la moindre information à ce sujet
J’ai pris également l’initiative en accord avec l’oncologue de L’ICM de Montpellier de relancer l’IGR de Villejuif que j’avais consulté durant le premier trimestre 2016. L’oncologue de l’IGR me contacte rapidement et me demande des examens complémentaires afin d’affiner le choix de l’essai clinique qui sera proposé. Je transmets ces analyses sous 24 heures et attends le retour qui n’est toujours pas venu à ce jour. Mon dossier est au service des médicaments innovants mais surement au fond de la pile dans le couloir ou l’ascenseur...

Alors voilà, je patiente, ma moitié patiente, ma famille patiente. C’est l’été, nous pourrions profiter de ce moment privilégié pour nous détendre, mais non, il faut que nous patientons, que nous restions à la disposition de ces médecins qui ne s’occupent toujours pas des malades mais uniquement de la maladie, de ces toubibs qui ne prennent pas en compte les autres personnes qui vivent avec le malade et pour qui leur propre vie est suspendue.

Je patiente mais mon cancer ne patiente pas.

18:20
Parfois il suffit d'écrire ou de penser fort pour que ce que l'on attend finisse par arriver. C’est le cas aujourd’hui, puisque je viens d’avoir une réponse de l’IGR de Villejuif, négative malheureusement. Il n’y a pas de programme dans lequel je peux être inclus pour le moment. Peut être à la rentrée en immunothérapie, mais rien n’est sûr.
En attendant, je me dirige surement vers une nouvelle séance de torture avec une chimio quelconque.

21 :30
Il est très difficile de ne pas se prendre la tête après ce genre d’annonce. Je n’ai plus de médocs conventionnels qui peuvent m’aider et j’ai la porte fermée sur les essais cliniques. Est-ce que la priorité est de répondre favorablement à une proposition de torture de chimio ou de prévoir des moments de plaisir…
En bref, est ce que je dois me préparer au pire.

Quand ton oncologue t’annonce qu’il n’a plus rien à te proposer

24 juin 2016

Comme je vous l’annonçais dans le message du 14 juin, je n’ai plus de traitement de chimio en cours du fait des effets secondaires qui étaient plus importants que le bénéfice retiré de cette médication.

Hier je rencontrai mon oncologue pour faire le point suite à une scintigraphie et un scanner.
Le scanner indique une "certaine stabilité" au niveau des ganglions, mais par contre la scintigraphie a mis en évidence de nouvelles lésions métastatiques osseuses.
L’oncologue en a conclu que l’ensemble des traitements chimio et autres qui m’avait maintenu depuis 4 ans n’était plus actif et qu’il fallait envisager de participer à un essai clinique.
C’est ce que j’avais demandé en octobre 2015 suite à l’échec de la chimio Jevtana. C’est également ce que j’avais tenté en contactant le centre Gustave Roussy en début d’année 2016.

J’aurais aimé un soutien plus ferme en ce sens en début d’année 2016, mais mon propos n’est pas à la polémique.

Dans le domaine de la recherche sur le cancer, les résultats associés aux études sont nombreux et la collaboration internationale sur ce sujet est porteuse de plein d’espoir. Depuis octobre 2015, un accord a été conclu entre différent centres anti-cancer. Dans le grand sud-ouest, Cancéropôle réuni Bordeaux, Limoges, Montpellier, Nîmes, Toulouse et propose de mettre en commun ses recherches pour en faire bénéficier le plus grand nombre de patients. Le but est d’inscrire sur une méga base de données tous les patients candidats qui ont accepté de rentrer dans un essai clinique. Accord que j’ai signé hier.

Le Cancéropôle anime un réseau dynamique de recherche en Cancérologie et propose une synergie coordonnée entre Institutions, Territoires et Disciplines au bénéfice du patient. Ce qui m’offre beaucoup plus de chance de participer à un essai clinique. Il n’est pas question dans ces essais cliniques de faire des "test" mais bien d’avoir accès aux molécules et traitements innovants avant leur autorisation de mise sur le marché par les autorités compétentes.

L’inscription dans cette base de données n’implique aucunement sa participation (inclusion) à un essai clinique. Les propositions d’inclusions dans les essais cliniques seront étudiées au cas par cas et restent de la responsabilité de l’oncologue qui me suit. Dans le cas d’une possibilité d’inclusion à un essai, mon avis sera demandé et je garderai la liberté d’y participer ou non. Si aucune inclusion n’est envisageable à court terme, un traitement conventionnel me sera proposé.

Je vais également relancer le centre anti-cancer de Villejuif. Ma dernière consultation à Gustave Roussy avec le service d’urologie remonte à février, ils m’avaient indiqué la possibilité de participé à un essai clinique trois ou quatre mois après cette rencontre en fonction de l’évolution de leurs recherches sur des thérapies ciblées.

Un tournant dans ma vie de malade vient d’être franchi. Mes sentiments sont un mélange de soulagement et de peur. Je suis conscient  que ma vie ne tient qu’à un fil et que grâce à ce regroupement j’ai plus de chance d’optimisation du traitement, mais je suis également conscient qu’il n’y a plus de médications conventionnelles pour me maintenir dans une "certaine stabilité".

Depuis bien longtemps sur ce blog et dans mes propos je réclamai cette participation à des essais cliniques. Je refusai de continuer de subir les effets secondaires de médocs historiques qui n’ont que peu de résultats, mais se retrouver au début de ce nouveau chemin qui a également sa part d’incertitude, n’est pas si simple et me remet dans la même posture de doute et d’incertitude que j’avais il y a 4 ans lors de l’annonce de mon cancer.

4 ans, c’est long et une forme d’habitude c’est installé qui a pour effet de diminuer à mes yeux mais également au regard des autres, la gravité de la situation. Pourtant, le danger est encore plus présent après ces années et cette étape est comme un rappel à la réalité si brutale.

Soins du cancer et bon sens

19 juin 2016

Depuis 6 mois je traverse une période difficile. Le cancer progresse et les douleurs qui l’accompagnent s’accentuent. Après moult requêtes pour gérer la douleur auprès de mes toubibs, je viens d’avoir une prescription de morphine qui visiblement m’apporte un confort que je n’avais plus.

Je précise "mes toubibs", puisque sans être une équipe pluridisciplinaire organisée, ces médecins (oncologue, consultant de l’hospitalisation de jour et médecin traitant) se refilent régulièrement la patate chaude de mes douleurs quand ils n’y vont pas de leur propre ordonnance sans prendre en compte ce qu’il y a eu de prescrit par leurs confrères.

De prescriptions pour les tracas et douleurs intestinales, lombaires ou consécutives aux métastases ganglionnaires ou osseuses, on déplace les problèmes, sans les résoudre. On fait parfois pire en m’offrant le panel d’effets secondaires conjugués.

Où en est la médecine de bon sens, respectueuse du corps et du patient ?

Chaque personne a ses propres vulnérabilités et ses caractéristiques quant à ses réactions aux traitements ainsi que sa capacité de résistance et de ressenti à la douleur. Je ne connais pas deux individus qui répondront de façon identique à une chimio. Tant de facteurs entrent en jeu qu’il est compréhensible que les répercussions soient diverses. L’état du malade, sa fatigue et sa sensibilité à la douleur vont rendre encore plus complexe la réponse éventuelle à ses demandes de prise en charge de la souffrance.

J’ai depuis toujours eu une fragilité aux intestins que j’ai bien entendu signalée à l’équipe médicale. Jamais je n’ai pu prendre de médicaments sans ingurgiter au préalable un pansement gastrique. La chimio est bien connue pour provoquer des dégâts au niveau de tout ce qui se trouve dans l’abdomen et au-delà, de générer une baisse de la défense immunitaire importante.

Le Taxotère n’échappe pas à la règle et est prescrit en association avec de la cortisone qui présente un risque d'aggravation des infections bactériennes.

Je ne suis pas toubib et la raison de l’association des deux est surement essentielle. Mon étonnement tient simplement du bon sens. Compte tenu de ma fragilité naturelle, je savais que j’allais droit dans le mur avec cette chimio et la cortisone. J’ai demandé depuis le début une prise en charge de mes douleurs et la seule réponse que j’ai eu a été une prescription  de Doliprane 1000 et ensuite d’un antalgique (TRAMADOL) qui a comme effet secondaire des dérèglements gastriques.

Mais, où en est la médecine de bon sens, respectueuse du corps et du patient ?

Ma bonne humeur apparente et mon dynamisme ont toujours rendu peu crédible mes douleurs. Quand on souffre, il faut afficher la mine de circonstance. A chaque plainte émise de ma part de douleurs, on me demandait de situer ma douleur de 1 à 10. Qui peut prétendre situer la valeur 10 et par déduction les échelons inférieurs.

Il a fallu que je fasse une réaction grave à l’antalgique pour qu’à ma demande insistante ce soit finalement mon médecin traitant qui me prescrive de la morphine qui n’est pas dépourvue d’effets secondaires mais qui n’aggravera pas ma fragilité naturel.

Ça fait maintenant 4 ans que je suis suivi et à peu près autant que je me plains de ces douleurs qui au long des années se sont intensifiées. Je conçois que la morphine a ses restrictions et que l’on ne peut pas en donner à la légère et surement pas à la demande du patient, du moins pas au stade où je me trouve de la maladie. Mais avec un peu de bon sens, il n’est pas compliqué de comprendre que des métastases osseuses sont douloureuses, que le temps qui passe ne permet pas de s’habituer à la souffrance et que ces tourments induisent un mal-être profond.

Si un médecin ne veut pas prendre la responsabilité de cette prescription, pour un malade du cancer, pourquoi ne prescrit il pas de consultation d’évaluation et de traitement de la douleur ?

Où en est la médecine de bon sens, respectueuse du corps et du patient ?

Résultats de recherches sur le cancer

15 juin 2016

Du 3 au 7 juin 2016 s’est tenu à Chicago le congrès annuel de l’ASCO, la grand-messe annuelle des chercheurs et oncologues qui travaillent pour constamment améliorer la lutte contre ce fléau qu’est le Cancer.

La plus part des médicaments et des applications thérapeutiques qui sont actuellement utilisés proviennent des confrontations de ce congrès. C’est donc un euphémisme de vous préciser qu’en tant que malade incurable qui se trouve dans une position quelque peu inconfortable, je suis très en attente des débouchés qui pourraient ressortir de ces exposés et débats.

Pour être précis, mes attentes concernent l'immunothérapie, désormais probante dans différentes pathologies, la médecine de précision, grâce aux thérapies ciblées, en monothérapie ou en association et l'optimisation des chimiothérapies. Toutes ces techniques vont permettre demain de cibler des traitements selon le malade et non plus selon la maladie.

Les deux premiers, l’immunothérapie et les thérapies ciblées ne sont pas encore disponibles pour les malades du cancer de la prostate métastasée. En contactant L’hôpital Gustave Roussy en début d’année, j’ai été à deux doigts de rentrer dans un protocole Moscato qui fait partie des essais cliniques de thérapies ciblées, mais j’en suis resté exclu sans précision sur cette décision, simplement avec la promesse d’être recontacté rapidement sous trois ou quatre mois.

Le délai est passé, je n’ai pas eu de nouveaux contacts et mon état s’aggrave de jours en jours en cumulant les échecs sur les différents traitements que je prends et qui sortent de la pharmacie historique de mon oncologue.

C’est dans des moments comme celui-ci que les doutes gagnent du terrain et qu’il est pénible de continuer son voyage sans trop d’espoir. J’ai l’impression d’être un numéro dans une liste. C’est d’ailleurs par un numéro que l’on m’appelle en salle d’attente d’hospitalisation de jour.

J'ai un peu de mal à comprendre les toubibs qui ne prennent que partiellement en compte nos demandes. Je dis nos puisque en recoupant les informations avec d’autres malades avec qui je suis en contact par ce blog, je ne peux que constater l’isolement récurent des patients et le manque de prise en compte des doléances des personnes qui sont en souffrance morale et physique (5 mn, temps moyen des consultations).

Je suis balloté entre mon médecin traitant, l'oncologue et la toubib qui me prend en examen avant chaque chimio.

Chacun y va de son écoute et de ses ordonnances et à la fin du compte j'ai encore mes douleurs et des traitements qui deviennent historique, peu efficace et surement pas assez ciblé sur mon problème. Ils nous maintiennent mais ne savent pas faire mieux. Je n’en retire aucun bénéfice et subit tous les effets secondaires qui se cumulent.

Mon Kiné, ostéo me soulage plus que leurs médocs. Les médecins au regard de mes analyses de sang me disent par exemple que mon foie est en bon état. Pourtant, mes douleurs lombaires sont provoquées par une inflammation du foie qui est en suractivité à cause de la toxicité des médocs et des intestins enflammés pour des raisons similaires qui compriment les autres organes.

Je n'ai pas une grande confiance dans ces toubibs et ça n'aide pas pour soigner le moral.

Alors, oui, le congrès de l’ASCO reste un espoir pour nous tous et les applications qui devraient déboucher sur de nouveau traitements sont bien évidement attendues.

Quand la chimio détruit …

14 juin 2016

Après trois semaines de sevrage, mon état suite à la dernière cure de chimio sous Taxotère avait incité le toubib à repousser d’une semaine la quatrième cure. C’est donc hier que j’étais censé arrivé frais comme un gardon pour cette nouvelle injection.

La semaine de désintoxication n’avait pas porté ses fruits et je me suis présenté au médecin complètement défoncé par les antidouleurs. Quand j’écris défoncé, je pèse mes mots. Depuis quatre ans dès que la douleur et trop présente, je prends du Tramadol sans constater de problèmes particuliers. Hier, j’avais pris 100mg la nuit et de même au petit dèj. Deux heures après, j’étais dans la salle d’attente le cul sur mon nuage, les yeux écarquillés au bord du délire.

La chimio avait fait son lot d’effets secondaires et le corps ne supporte plus l’import de substances trop agressives. Pour résumé, ces nouvelles cures de chimio ne m’ont donné aucun bénéfice pour lutter contre la tumeur au détriment d’un wagon de toxicité qui me pourrit le ventre.

Nous arrêtons net la tentative de maintien avec la chimio. Bilan d’imageries médicales et consultation chez l’oncologue programmée la semaine prochaine pour trouver une suite à cette lutte.

Pour le moment j’ai un PSA qui se promène aux alentours de 300, des douleurs partout que je vais surement juguler avec de la morphine, puisque le reste ne passe plus.
Le moral reste dans le vert, même s’il est difficile de trouver des occupations sans trop bouger.